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CXXX. — Lettres envoyées par le Roy au Prevost de Paris pour le faict du Tiers Estat.
i 4 février i56i.(Fol. 86 v°.)
De par le Roy. "Nostre amé et feal, après avoir satisfaict à ceulx des Estatz de nostre royaulme sur les plainctes, remonstrances et requestes que leurs depputtez nous feirent dernierement en l'assemblée tenue en nostre ville d'Orleans, et pourveu aux choses qui regardoient le bien, soullagement et repos de nostre peuple, nous leurs feisines entendre la neccessité de noz affaires et les grandes debtes dont nous sommes chargez, procedans de la calamité des années passées, telle que chascun l'a veue, et le grant desplaisir que nous avons de ne les povoir autrement descharger et soullager, comme nous en avions la volunté, avec ung regret incroiable de penser que demourans ainsi que nous sommes, c'est sans esperance d'avoir moyen de le faire de bien longtemps, si nous n'estions en cela conseillez et secouruz de noz bons et loyaulx subjectz, de l'affection et ayde desquelz nous savons que noz predecesseurs n'ont jamais eu faulte au besoing, les priant y voulloir regarder, et de nostre part leur feismes, par l'avis et bon conseil de nostre trés honnorée dame et mere et nostre oncle le Roy deNavarre, princes de nostre sang, et autres princes, - seigneurs et gens de nostre Conseil, ouverture de certains moyens pour sortir de ceste fâcheuse necces­sité, c'est assavoir, du rachapt de nostre dommaine, aydes et gabelles pour l'estat eclesiastique, mettre aussi certaine augmentation sur le sel, et prandre sur le vin qui se vendra en nostre royaulme une somme dont personne ne feust exempt, afin de les communiquer par lesd, depputtez à ceulx qui les avoient envoyez, ce qui ne se pourroit faire sans rassembler de nouveau les trois Estatz'1', chose que nous desirons, voullons et vous mandons que vous laciez en vostre jurisdition, ainsi que vous avez faict dernierement, et ce dedans le plus brief jour que faire se pourra, pour lai par entre eulx adviser, de­liberer et conclurre sur lad. ouverture, ou autres
moyens et expediens seurs et aisez pour nous se­courir en cest endroict; et lad. resolution prinse, eslire ung de l'Eglise, ung de la Noblesse, et l'autre du Tiers Estal seullement, pour après eulx trouver le vingtiesme jour du moys de Mars prochain en la ville de Paris, que nous avons choisie comme celle qui nous a semblé plus à propos. En laquelle As­semblée tous les villages, seneschaussées du gou­vernement soubz lequel vous estes conviendront, en la presence de nostre Lieutenant general et Gou­verneur ou son lieutenant, rapporter les avis et op-pinions d'ung chascun d'eulx, et sur ce prandre une bonne resolution sur led. secours, pour laquelle nous faire entendre voullons et nous plaist qu'ilz soient esleuz et depputez pour tout led. gouver­nement trois personnes, ung d'ung chascun Estat, qui à ceste fin se rendront en nostre ville de Melung le premier jour du moys de May prochain, où nous les orrons, et les moyens qu'ilz auront pesez pour nous ayder et secourir en affaire si urgente que nous desirons principallement, pour avoir occasion de soullager après nostredict peuple, et le voir aussi doulcement traicté que sa grande bonté merite, qui est une des choses de ce monde que avons plus à cueur.
"DonnéàFonlainebleaue, leximejour de Fevrier, l'an mil v° lx."
Signé : CHARLES.
Et au dessoubz : de L'Aubespine.
Et sur le dos desd, lettres estoit escript : Au Pre­vost dc Paris ou son lieutenant.
De par le Prevost de Paris.
"Mess", nous vous envoyons la coppie des lettres du Roy à nous adressée du xmie du present moys, pour, suyvant icelles, vous trouver le xiiii" Mars pro­chain venant en l'hostel episcopal de monsr l'Evesque de Paris à sept heures du matin, avec ceulx du Tiers Estat de la Prevosté et Viconte de Paris, affin
C Les Mémoires duprince de Condé (coll. Michaud, 2° série, t. VI, p. 567) donnent une relation assez étendue de l'assemblée des états de la Prévôté de Paris, où furent discutées les demandes du Roi, tendant d'une part à faire racheter par le clergé le domaine royal aliéné, représentant une somme de 14 millions de francs, d'autre part, à établir un nouvel impôt sur le sel et sur le vin. L'extrême har­diesse, ou pour mieux dire, cria grande insolence du Tiers Etat, qui se permit de donner son avis sur lo gouvernement el l'administration du royaulme.:, contraignit l'autorité royale à remettre los Elats in aliud tempus opportunité. D'après lo procès-verbal des délibérations des Elats tenus à Paris, imprimé dans les Négociations sous François U, p. 833, les députés exigèrent que le gouvernement du royaume fût confié au roi de Navarre ou, à son défaut, au prince de Condé, que les Guise fussent écartés de Ia cour, que le maré­chal de Saint-André fût éloigné du Conseil et le chancelier de l'Hôpital privé de sa charge.